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Ce texte fait partie de notre guide de la médecine chinoise.

Médecine chinoise

Le Nei Jing, texte fondateur de la médecine chinoise

Le Huangdi Neijing n’a pas d’auteur unique : une anthologie des Han, où se fixe le vocabulaire du Qi, du Yin et du Yang, et des méridiens.

Par Justin LapointeLecture 8 minPlateau-Mont-Royal

Révision clinique : Justin Lapointe, membre de l’OAQ · 8 août 2026

Découverte des Mystères du Nei Jing : La Fondation de la Médecine Traditionnelle Chinoise

La plupart des grands traités de médecine commencent par une définition. Le plus ancien de la médecine chinoise, lui, commence par une question, et une question presque mélancolique : pourquoi les hommes d’autrefois vivaient-ils cent ans sans faiblir, quand les nôtres s’épuisent à mi-chemin ? Est-ce que les temps ont changé, demande l’Empereur Jaune, ou est-ce que les hommes ont perdu quelque chose ? Le Huangdi Neijing, « Classique interne de l’Empereur Jaune », s’ouvre là-dessus. Deux mille ans plus tard, la question n’a pas pris une ride.

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Un dialogue, pas un dogme

Le Neijing n’est pas un manuel qui assène : c’est une conversation. Il met en scène l’Empereur Jaune, Huang Di, interrogeant son ministre et médecin Qi Bo. L’un questionne, l’autre déploie. La forme dit déjà quelque chose de cette médecine, où le savoir naît de l’échange et du doute plutôt que de la révélation. (À la même époque, à l’autre bout du monde, Platon faisait dialoguer Socrate : les civilisations, décidément, pensent volontiers à deux voix.)

Et le dialogue n’est pas un décor. Au chapitre 47 du Lingshu, l’empereur s’impatiente d’une réponse qui n’en finit plus et coupe son interlocuteur : ce n’était pas la question. Au chapitre 79, c’est le savant Shao Shi qui s’étonne tout haut qu’un empereur puisse ignorer une chose pareille. Un texte révélé ne se permet pas ces scènes. Celui-ci laisse voir qu’on a le droit d’interroger l’autorité.


Un livre sans auteur

On dit « le Neijing » comme on dit « Hippocrate », et c’est le même malentendu dans les deux cas. Le philologue Paul Unschuld, qui en a donné la traduction anglaise de référence, le pose sans détour : nous ne savons rien des auteurs des textes réunis dans le Suwen et le Lingshu, pas plus que de ceux du Corpus hippocratique. Dès le XIVᵉ siècle, le lettré Lü Fu avait vu que le Suwen n’était pas d’une seule main.

Ce qui s’est passé ressemble moins à une écriture qu’à un travail d’éditeur. À partir des Han, des compilateurs ont puisé dans un vaste réservoir de textes séparés et assemblé des corpus. Le Suwen a gardé ce caractère d’anthologie mieux qu’aucun autre recueil de son temps : les coutures restent visibles. Les chapitres alternent entre dialogue et exposé, les interlocuteurs changent, et deux traités voisins expliquent les mêmes fièvres de deux façons incompatibles. Personne n’a cherché à lisser. Puis le texte a continué de bouger : sous les Tang, le médecin Wang Bing le réorganise et le commente ; au XIᵉ siècle, un bureau éditorial impérial l’annote encore et en publie la version imprimée qui fait autorité depuis.

Un dernier repère, pour ne pas se tromper de récit : le Neijing n’est pas le début de l’acupuncture, il en est la mise en ordre. Les plus anciens manuscrits connus, ceux de Mawangdui, décrivent des trajets sans points ; le système tel que nous le connaissons se fixe dans les compilations Han. Nous y revenons dans notre réflexion sur les paradigmes en santé.


Deux livres, deux tempéraments

L’ouvrage se partage en deux, quatre-vingt-un chapitres de chaque côté, et les deux moitiés ne se ressemblent pas.

Le Suwen, les « questions simples », tient le versant cosmologique : le ciel et les saisons, le Yin et le Yang, les âges de la vie, ce qui use et ce qui préserve. C’est le livre des principes.

Le Lingshu est le livre des mains. Son premier chapitre s’intitule « Les neuf aiguilles et les douze ouvertures d’origine », et le ton est donné d’emblée : instruments, profondeurs, trajets, indications. La bibliographie de Liu Xin, au début du Iᵉʳ siècle, mentionne d’ailleurs un Zhenjing, un « Classique des aiguilles » en neuf chapitres, dont on ne sait plus ce qu’il partage avec le Lingshu d’aujourd’hui. Le titre reçu, « pivot spirituel », est trompeur : personne n’a pu établir qui l’avait donné, et le contenu est d’une sécheresse toute technique. Ni magie, ni puissances invisibles. Des régularités de la nature, et des aiguilles.


Qi, Yin et Yang, méridiens : trois mots qu’on ne traduit pas

Le Neijing est le lieu où ce vocabulaire se stabilise. Il vaut la peine de regarder ce que ces mots disent, et ce qu’ils ne disent pas.

Yin et Yang ne sont pas une mystique : ce sont des outils de classement. La toute première réponse du livre le montre bien. Quand on demande à Qi Bo le secret des anciens, il ne parle ni de plantes ni d’aiguilles : ils réglaient leur conduite sur le Yin et le Yang, mangeaient et buvaient avec mesure, se levaient et se couchaient avec régularité, et ne s’épuisaient pas en travaux inutiles. Le Yin et le Yang servent ici à penser l’alternance : le jour et la nuit, l’activité et le repos, ce qui monte et ce qui descend.

Le Qi est le terme le plus mal servi par la traduction. Unschuld renonce à le rendre en anglais et le laisse en pinyin, avec le Yin et le Yang, pour une raison qu’il assume : le mot chinois porte trop de sens à la fois pour tenir dans un seul mot occidental. Quand un philologue de cette exigence laisse trois mots non traduits, ce n’est pas une paresse, c’est un avertissement. « Énergie » est une commodité de langage, pas une équivalence.

Les méridiens, enfin, s’appellent jīng 经, et jīng désignait d’abord la chaîne d’un métier à tisser, les fils tendus dans le sens de la longueur. De là, le mot a glissé vers l’idée de ce qui traverse de part en part et porte la structure. Les textes distinguent les jīngmài 经脉, les grands vaisseaux qui parcourent le corps dans sa longueur, des luòmài 络脉, les vaisseaux réseau qui le maillent transversalement. L’image d’origine n’est donc pas celle d’un courant électrique, mais celle d’un tissage : la théorie des méridiens découle de cette métaphore-là.


Une médecine qui commence par l’art de vivre

Ce qui frappe, à l’ouverture, c’est l’ordre des priorités. Avant l’anatomie, avant les maladies, le Suwen parle d’hygiène de vie et de temps : vivre au rythme des saisons, se coucher et se lever avec la lumière, ne pas épuiser son essence, ménager ses désirs. La santé y est moins un état qu’un accord, celui de l’être humain avec les cycles qui l’entourent.

De là vient l’idée la plus moderne du livre. Suwen 2 la formule en une phrase que la tradition n’a plus lâchée : les sages ne traitaient pas ce qui était déjà malade, ils traitaient ce qui ne l’était pas encore. Et le texte enfonce le clou par deux images, dont l’une est restée proverbiale : administrer un remède quand la maladie est pleinement déclarée, c’est creuser un puits quand on a déjà soif, c’est fondre ses armes quand le combat est engagé. Le chapitre pose alors sa propre question, et elle se passe de commentaire : n’est-ce pas un peu tard ?


Ce qu’on en garde

On aurait tort de lire le Neijing comme un livre de recettes. Ce n’en est pas un, et la médecine d’aujourd’hui ne s’y réfère pas pour prouver quoi que ce soit. On le lit plutôt comme un texte fondateur, pour la forme d’attention qu’il propose : l’attention aux saisons et au sommeil, l’idée que le corps est un petit monde relié au grand, la préférence pour la prévention sur la réparation, la conviction qu’on soigne une personne et pas un symptôme.

Ce qui en descend jusqu’à la table de traitement, c’est un langage. Quand un acupuncteur parle des syndromes du Foie, il se sert d’une grille née de ces textes pour relier des signes entre eux et décider où poser l’aiguille. Rien là-dedans n’est une preuve clinique : ce que la recherche examine se mesure avec d’autres outils, et l’acupuncture s’ajoute aux soins habituels sans les remplacer. Mais comme manière de poser les questions, le vieux livre tient encore. Les motifs de consultation se disent en français courant ; le cadre qui les organise, lui, vient de là.


En clair

En médecine chinoise, les termes imagés (Qi, Yin et Yang, Feu, Vent, Humidité) sont des repères conceptuels et culturels, des outils de pensée plutôt que des descriptions de la physiologie. Nous les présentons comme une grille de lecture du soin, distincte de l’explication biomédicale, et sans promesse de résultat.


À lire ensuite : la médecine traditionnelle chinoise aujourd’hui, et les fondations philosophiques de la médecine traditionnelle chinoise.

Curieux de voir ce que ce cadre donne dans une séance ? On regarde ça ensemble. Prendre rendez-vous, au Plateau-Mont-Royal.

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Au Plateau-Mont-Royal, ouvert 7 jours sur 7. Acupuncteurs membres de l’OAQ, physiothérapeute membre de l’OPPQ. Reçus d’assurance émis sur place.Nos contenus suivent une méthodologie éditoriale publiée.

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