L'efficacité de l'acupuncture dans le traitement des migraines et des maux de tête
Migraine et maux de tête : ce que les revues Cochrane et le NICE établissent vraiment sur l’acupuncture en prévention. Une lecture honnête. Plateau-Mont-Royal.
Révision clinique : Justin Lapointe, membre de l’OAQ · 8 août 2026

Il y a, dans la migraine, une cruauté particulière : elle force à fermer les volets, à fuir la lumière et le bruit, à suspendre la journée. Et il y a, pour qui veut la soigner, une difficulté jumelle : comment savoir si un traitement « marche » vraiment, quand la douleur va et vient d’elle-même, quand la seule attente d’un soulagement suffit parfois à en produire un ? La migraine est l’un des rares territoires où ces deux questions — celle du patient et celle de l’épistémologue — ont reçu des réponses précises. C’est qu’elle compte parmi les indications de l’acupuncture les mieux mises à l’épreuve de la preuve.
Prendre rendez-vous à la clinique (s’ouvre dans un nouvel onglet)
D’abord : de quel mal de tête parle-t-on ?
Tous les maux de tête ne se ressemblent pas, et la stratégie n’est pas la même. On distingue grossièrement la céphalée de tension (un étau, souvent liée au stress ou à la posture), la migraine (pulsatile, souvent d’un seul côté, accompagnée de nausée ou d’une intolérance à la lumière) et la céphalée cervicogénique (qui prend naissance dans la nuque). Un bilan attentif vient toujours en premier : c’est lui qui oriente le reste.
Ce que la preuve établit — sans l’enjoliver
Sur la migraine, on peut être précis, parce que les essais existent et qu’ils ont été synthétisés avec rigueur. La revue Cochrane de 2016 a regroupé 22 essais contrôlés et 4 985 participants. Ses résultats se lisent à trois niveaux, et chacun raconte quelque chose de différent.
- Contre l’absence de prévention. Après traitement, la fréquence des crises était au moins réduite de moitié chez 41 personnes sur 100 ayant reçu de l’acupuncture, contre 17 sur 100 sans acupuncture (qualité de preuve jugée modérée). Concrètement : pour quelqu’un qui part de six jours de migraine par mois, on passe en moyenne à cinq jours sous soins habituels, et à trois et demi avec l’acupuncture.
- Contre une fausse acupuncture. L’écart demeure, mais se rétrécit : la fréquence chutait d’au moins la moitié chez 50 personnes sur 100, contre 41 sur 100 sous fausse acupuncture. Un effet réel, donc, mais modeste — et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.
- Contre les médicaments préventifs. À trois mois, la réponse atteignait 57 personnes sur 100 sous acupuncture, contre 46 sous médicament, avec moins d’abandons pour effets indésirables. La revue conclut que l’acupuncture serait au moins aussi utile que la prophylaxie médicamenteuse — un constat de recherche, pas un argument de vente.
Pour la céphalée de tension fréquente, une seconde revue Cochrane (12 essais, 2 349 personnes) va dans le même sens : différence nette face aux soins de routine, plus mince face à la fausse acupuncture. Et au Royaume-Uni, le NICE inscrit l’acupuncture parmi les options de prévention de la migraine — une cure pouvant aller jusqu’à dix séances sur cinq à huit semaines — lorsque les traitements de première intention ne conviennent pas.
La question du placebo, prise au sérieux
Le lecteur attentif aura buté sur le chiffre gênant : 50 contre 41. Si la « vraie » acupuncture ne devance que de peu une fausse, faut-il conclure qu’elle ne « marche » pas ? La question mérite mieux qu’un réflexe.
D’abord parce qu’une fausse acupuncture n’est pas une pilule de sucre. Piquer la peau — même au mauvais endroit, même sans la pénétrer — déclenche déjà des réponses physiologiques : le « placebo » de l’acupuncture est un placebo actif. L’étalon de comparaison est donc plus exigeant que pour un médicament.
Ensuite parce qu’une intervention complexe se prête mal à l’essai en double aveugle. On peut donner un comprimé identique au vrai et au faux sans que personne ne le sache ; on ne peut pas faire semblant, des deux côtés, de poser des aiguilles. Le rituel, la relation, l’attention — tout ce qui entoure le geste — fait partie du soin et ne se neutralise pas proprement.
D’où une distinction utile, héritée de l’épistémologie médicale : l’efficacité (le surcroît d’effet attribuable au geste précis, mesuré contre un leurre) n’est pas l’effectivité (ce que vit réellement la personne soignée, rituel compris). Sur la migraine, l’efficacité est petite mais réelle ; l’effectivité, elle, est franche. Les deux sont vraies. L’honnêteté consiste à ne pas faire passer l’une pour l’autre.
Une carte honnête : solide, prometteur, incertain
Si l’on devait dresser la carte du terrain, elle ressemblerait à ceci.
- Solide. Comme option de prévention de la migraine épisodique, l’acupuncture est associée à une réduction de la fréquence des crises par rapport à l’absence de prévention, sur une base de preuves jugée modérée — et avec une bonne tolérance.
- Prometteur. L’effet au-delà de la fausse acupuncture est petit mais statistiquement significatif, et il persistait jusqu’à six mois dans les meilleurs essais.
- Incertain. Les données au-delà d’un an manquent ; le mécanisme exact reste discuté ; et la part respective du geste et du contexte demeure difficile à départager.
C’est une position défendable, et plus solide qu’il n’y paraît : peu d’approches non médicamenteuses peuvent s’appuyer sur deux revues Cochrane et une recommandation officielle. L’autorité, ici, ne naît pas d’une promesse, mais de la précision avec laquelle on peut dire ce que l’on sait — et avouer ce que l’on ignore encore.
En pratique
En prévention, l’acupuncture se pense en cure plutôt qu’en séance isolée : un rythme régulier sur quelques semaines, puis un espacement progressif. À la clinique, la première séance dure de 1 h 15 à 1 h 30 selon le praticien (histoire de vos maux de tête, déclencheurs, examen), les suivis de 1 h à 1 h 10 selon le praticien. Nous travaillons en complément de votre suivi médical, jamais à sa place.
Quelques signaux imposent d’abord un avis médical, sans détour : un mal de tête « en coup de tonnerre » (d’emblée maximal), un mal de tête nouveau ou inhabituel après 50 ans, ou accompagné de fièvre, de troubles neurologiques ou de réveils nocturnes. L’acupuncture s’adresse aux céphalées primaires connues, une fois le terrain balisé.
Pour l’approche clinique des maux de tête au quotidien, voyez aussi Acupuncture, maux de tête et migraines ; et pour le tour d’horizon des données probantes, notre survol de la recherche. Réserver une consultation : monacupuncteur.janeapp.com. En clinique : les motifs de consultation.
Sources
- Linde K et coll. (2016). Acupuncture for the prevention of episodic migraine. Cochrane Database Syst Rev. Consulter ↗
- Linde K et coll. (2016). Acupuncture for the prevention of tension-type headache. Cochrane Database Syst Rev. Consulter ↗
- NICE (CG150). Headaches in over 12s: diagnosis and management. Consulter ↗
Qui vous recevra
Les deux sont membres de l’Ordre des acupuncteurs du Québec et reçoivent à la même clinique. Vous choisissez au moment de réserver, et vous pouvez changer d’une fois à l’autre.

Justin Lapointe
Acupuncteur · propriétaireMembre de l’OAQReçoit l’après-midi et en début de soirée.

Jessica Chan
AcupuncteureMembre de l’OAQReçoit surtout le matin, souvent dans la semaine.
Au Plateau-Mont-Royal, ouvert 7 jours sur 7. Acupuncteurs membres de l’OAQ, physiothérapeute membre de l’OPPQ. Reçus d’assurance émis sur place.Nos contenus suivent une méthodologie éditoriale publiée.