De la Marginalité à la Reconnaissance : L'Histoire de l'Acupuncture au Québec et à Montréal
Découvrez comment l'acupuncture est passée de la marginalité à une profession encadrée au Québec, de ses débuts à Montréal jusqu'à la création de l'OAQ.
Révision clinique : Justin Lapointe, membre de l’OAQ · 8 août 2026
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Voici une médecine qui a failli disparaître chez elle. Au début du XXᵉ siècle, la Chine qui se modernisait tournait le dos à ses aiguilles ; c’est en France, curieusement, qu’une part de ce savoir s’est conservée et transmise. De là, dans les années 1960, il a traversé l’Atlantique jusqu’à Montréal — d’abord en marge, parfois poursuivi, avant de gravir, décennie après décennie, tous les échelons de la reconnaissance. L’histoire québécoise de l’acupuncture tient dans cette remontée.
Les débuts à Montréal (années 1960-1970)
Au début du XXᵉ siècle, la médecine chinoise a bien failli être abolie chez elle : un projet de loi visait à en interdire l’exercice, et il a été retiré devant la mobilisation des praticiens. C’est après 1949 qu’elle a été réorganisée et institutionnalisée sous sa forme actuelle.
Entretemps, une part de ce savoir avait trouvé refuge en France, où le consul Georges Soulié de Morant (1878-1955) l’a introduit et codifié — c’est à lui que le français doit le mot « méridien ». La France est ainsi devenue, pour l’Occident, le relais principal de cette médecine.
L’acupuncture gagne Montréal dans les années 1960 autour d’Oscar Wexu, l’un des derniers élèves de Soulié de Morant, qui commence alors à former des praticiens sur place et fonde la première association québécoise en 1972. La diffusion s’est faite malgré les poursuites pour « pratique illégale de la médecine » : en septembre 1973, l’ordre professionnel des médecins, qui portait alors le nom de Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, déclare l’acupuncture acte médical, et il obtient gain de cause dans les procès des années suivantes, où les amendes tournent autour de 200 $ par chef d’accusation.
La reconnaissance légale : du règlement de 1985 à la loi de 1994
La reconnaissance s’est faite en trois temps. En 1977, le contrôle de l’exercice de l’acupuncture est confié à la corporation professionnelle des médecins : consulter un acupuncteur non-médecin exige alors un billet médical. En 1985, un premier règlement, approuvé par le décret 1299-85, permet aux non-médecins d’exercer légalement, sous la surveillance de cette même corporation, qui tient un registre des acupuncteurs. Il faut attendre la Loi sur l’acupuncture, sanctionnée le 17 juin 1994, pour que la pratique devienne une profession autonome : c’est cette loi qui constitue l’Ordre des acupuncteurs du Québec, dont le conseil, le syndic et l’inspection professionnelle entrent en fonction en juillet 1995.
Une formation collégiale réglementée
La formation québécoise en acupuncture est un programme collégial réglementé, centré sur la puncture et sur le cadre théorique de la médecine chinoise ; on y aborde aussi, en survol, les autres branches de cette médecine — diététique, exercices (Qi Gong), massage (Tuina), et la pharmacopée, qui reste hors du champ d’exercice de l’acupuncteur au Québec : prescrire des plantes chinoises ne fait pas partie de nos actes. Le programme du Collège de Rosemont en est l’exemple le plus connu, préparant les étudiants à l’admission à l’Ordre des acupuncteurs du Québec, qui encadre la pratique à l’échelle provinciale.
Une place qui s’est élargie
L’histoire de l’acupuncture au Québec est donc celle d’une montée progressive en légitimité et en intégration, malgré des débuts controversés et une lutte pour la reconnaissance officielle. Le regard porté sur les approches complémentaires a changé, lentement. Et cette pratique n’est pas arrivée ici par un texte de loi : elle est arrivée par des gens — des praticiens formés ailleurs, des patients venus d’horizons divers, des échanges qui ont largement précédé la reconnaissance officielle.
Sources
Le cadre légal cité ici se vérifie aux textes officiels : la Loi sur l’acupuncture (RLRQ, chapitre A-5.1), sanctionnée le 17 juin 1994 sous le titre L.Q. 1994, chapitre 37, et le Code des professions (RLRQ, chapitre C-26), tous deux publiés à LégisQuébec. Le règlement de 1985 est celui qu’approuve le décret 1299-85 du 26 juin 1985, et que la loi de 1994 nomme elle-même à son article 26. Les poursuites des années 1970 sont rapportées au Journal des débats de la Commission permanente des corporations professionnelles du 14 décembre 1977. Le récit des débuts montréalais suit le mémoire de maîtrise d’Erin M. Reid, Needling the Spirit (Université McGill, 2008), et la chronologie publiée par l’Ordre des acupuncteurs du Québec.
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